Ça donne si et ce que ça peut

Ionesco est beaucoup trop sage. Pourquoi je me fatigue à. Beckett aussi est beaucoup trop sage. Michaux est farfelu. Pas convaincant, trop gentil. Gombrowicz est bien. Mais il écrit pour des gens qui. Il a voulu, il a écrit pour les gens, pour des gens qui, c’est bien, mais finalement, c’est trop sage aussi, trop pour les gens, et pour ces gens précisément, qui. Sade, c’est mieux. Je pourrais montrer, que dis-je, démontrer, que Sade, dans son esprit, entend écrire comme les autres, mieux que les autres mais avec les autres, comme les autres, il respecte des « principes » (une lettre à sa chère Renée Pélagie), mais justement, Sade, étant donné bien entendu les circonstances, son tempérament ou sa nature, bref, étant donné Sade, ça s’emporte, solitaire, enfin bref, comme disent les gens qui parlent de Sade (généralement très-bien, c’est d’ailleurs un signe, mais voilà, pour Sade). Kertész, c’est autre chose. Mais comme il essaie. Il ne veut pas. Il essaie. Sa femme. Il aurait aimé. Il y avait autre chose. Lui. Sa vie. Lui. Ça donne ce que ça donne (Kertész). Mais souvent c’est sage, très sage, beaucoup trop sage, la « littérature » (pas Kertész, Gombrowicz a choisi de prendre position flottante, entre les eaux, Beckett, attends voir, Joyce peut être extraordinairement chiant, il le sait, il passe outre, sympathique, il faut lire les « romans » de Kafka en même temps que sa correspondance, là on comprend tout, le Château, la correspondance de Kafka, Kafka est Kafka, Dostoïevski est Dostoïevski, à la ligne, pas sage, il écrit en russe (déjà), comme ils sont sérieux Bataille Blanchot, faudrait que je relise Louis-René des Forêts, pas très loin de Kertész, revenu sans revenir de, ça donne du recul, comme disent les imbéciles, il faut du recul, avoir oublié un peu les hommes, revenir sans revenir, ne pas se fier, se fier non pas à soi, ridicule, se fier à ce qui se dit, à ce qui a envie, pousse, à ce qui, se fier à ça, Céline est très-bien, méchant Céline, ne rien pardonner, atténuer, interpréter, sublimer, méchant Céline, pas du tout « petite musique » et toute la ritournelle que l’on dirait soufflée par maître Connard pour assurer la défense et parler à la presse et à la République, des fois que, non, pas seulement et pas du tout la « petite musique », autre chose, Céline, pas récupérable, mais qui l’est, qui le serait ? la France, peut-être ? l’humanité ? les Lettres ? On rigole. Quand on nous dit Voyage au bout de la nuit et voyages, voyages, voyages, guides touristiques, qu’il dit, châteaux, ces cons de Français aiment les châteaux, les vrais, à décrire, pas celui de Kafka, les vrais châteaux et l’Histoire, Louis XV et Louis XVI, d’un roi l’autre lettre de cachet, puis Charenton, avant souffleur quarante sols le jour, je parle de Sade, pas un exemple, ni à sauver ni à aimer ni à, à ce qu’on veut, qui veut quoi ? La dôle est bonne. Une grappa. Ma mère, quand elle voit par hasard la marraine de la mère de mes enfants (qui sont formidables), dans la rue, fait des grands signes, agite les bras (en croix), Non, non, non, pas parler, au revoir, Amusante, ma mère, j’ai encore des progrès à faire, agiter les bras en croix Non non non, quelle tête, j’ai lu un « texte » de Jelinek, justement « Désir & permis de conduire », incompréhensible, chaque phrase oui, les phrases ensemble non, étrange, pas du tout mon cas, tout ce que je dis est très-cohérent, très-simple, misérablement intelligible. J’ai des progrès à faire. À force de clarté et de science et d’esprit, Sade, la raison. Adorno en a-t-il parlé ? Sûrement, sûrement. De Simon, pour l’instant, je préfère L’herbe à La route des Flandres. Pauvre con. Eh oui. Je préfère L’herbe à La route des Flandres. Petit deviendra grand. Mourir. Je viens d’atteindre cet après-midi ma maturité intellectuelle. Yaël, mon fils aîné (huit ans) m’a envoyé il  y a quelques mois une carte postale qui trône sur le secrétaire de mes grands-parents (lesquels sont morts, heureusement pour eux, et j’écris sur leur secrétaire, pas encore au café, j’y vais, sur leur secrétaire, comme j’ai toujours dit). Une girafe qui tire sa langue bleue. Devant, une grenouille rose, qui tire sa langue rouge. Entortillée. Le 14 avril 2009, date de la carte postale, Yaël m’écrit : « La giraffe te tire la langue pour te dire bongour de yaël et nathan et catrine bisou bisou ». Il écrit pour, Yaël. Du zoo de Rapperswil, Zurich, si je ne m’abuse. On dit bonjour en tirant sa langue bleue (ou rouge entortillée). On dit bongour, si on veut. La chère Renée Pélagie, marquise de Sade, avant de demander « séparation » (divorce pas encore possible, passons) écrit à peu près comme ça. Bongour. Demain, l’université. Pas encore pour moi, mardi. J’ai peur, Witold. J’ai peur.

2 Commentaires

  1. nettoyeur a dit,

    septembre 13, 2009 à 20:06

    J’ai l’impression que plus personne ne nous « lit » (juste pour te dire).

  2. nettoyeur a dit,

    septembre 13, 2009 à 20:07

    Enthousiasme !


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